Avis – Sing « Yesterday » for me

A trop attendre d’un anime, on peut facilement être déçu. La tendance avec les réseaux sociaux ou autres lieux de partage n’aurait pu être plus explicite : Yesterday Sing for me fut une expérience légèrement aigre pour de nombreuses personnes. En regardant simplement l’évolution des notes sur le site MyAnimeList, l’anime a chuté littéralement courant juin.

Dans une petite ville de banlieue située sur une ligne de chemin de fer privée, juste après la grande gare de Shinjuku, quatre étudiants tentent de vivre leurs plus belles années malgré les difficultés et les doutes qu’ils peuvent ressentir. De petits malentendus se transforment parfois en situations compliquées tandis que s’entremêlent leurs sentiments..

C’était clairement la tranche de vie printanière que beaucoup attendaient. Par son scénario et ses personnages a priori matures, l’anime se démarquait de nombreuses autres romances lycéennes. Le fait de faire revivre un ancien manga, peu connu du grand public débuté avant les années 2000, avait là encore de quoi intriguer.

L’ouverture de l’anime était prometteuse et semblait indiquer un spectacle terre-à-terre abordant de nombreux thèmes tels que la confiance en soi, les regrets, l’amour de lycée perdu, l’indécision (…) qui font écho en nous. L’histoire suivie pendant 12 épisodes correspond pourtant parfaitement au thème de l’anime. Il n’y a aucun mensonge. Le synopsis de Crunchyroll officiel, fait état d’une histoire de la vie quotidienne regardant 49% derrière et 51% devant. Et sur ce point, je ne peux que me ranger du côté de l’anime. Je pense qu’une partie de la communauté et moi-même également, avions au début trop attendu de l’anime. Je dirai même que certains n’ont toujours pas compris le propos de l’anime et l’ont trop jugé vis-à-vis de leurs attentes, ce que l’ont fait toujours en général, mais encore plus avec une telle œuvre.

Cet anime est intéressant en ce qu’il dépeint une histoire où les personnages ont du mal à avancer. Leurs liens et relations s’entrecroisent. Shinako est un des personnages le plus construit et complexe. Elle regarde toujours dans le passé et n’arrive pas à se comprendre totalement elle-même. Plus que Rikuo, elle est cette pièce au centre de l’anime, qui bloque l’avancement de tous les autres personnages.

On se plait à suivre ce petit monde, ce carré amoureux, au fil des épisodes. Leurs histoires amoureuses intéressent et l’envie de connaître le dénouement à tout cela est toujours présent. L’anime est une longue introspection, globalement bien pensée. Divers personnages secondaires apparaissent à certains moments et vont donner un peu de remous lorsque cette histoire stagne trop.

Le premier problème à cet anime est cette impression de rush. Je parlais tout à l’heure des personnages secondaires et je suis étonné de ne pas les avoir vu davantage, d’avoir eu un peu plus de développements pour certains visages qu’on croisait souvent. C’est à mon sens trop léger pour quelques-uns. Une seconde couche de vernis n’aurait pas été de refus. En plus de cela, la fin et les derniers épisodes semblent être précipités. L’anime perd en authenticité, en développement et encore pire, tend vers un cliché de fin bâclé en quelques minutes, ce-même, qu’on ne ressentait presque pas tout du long. La fin est juste correcte à mon sens en ce qu’elle ne prend pas son temps. Pourtant, sa direction et morale me plaisent.

Enfin, le point qui m’a le plus dérangé dans cette œuvre est le ressenti. Passé un cap avancé dans l’anime, j’ai pris de moins en moins de plaisir à le regarder. Il en devient même trop frustrant, agaçant ou malaisant. Cette sensation de stagnation clairement voulue et affirmée dès le synopsis a cette contrepartie évidente. En étant dans l’indécis, le refus, la distanciation et non confidence, le manque de discussions, l’anime conserve et exacerbe sa signature au péril de se mettre une bonne partie de sa communauté à dos trouvant que ces personnages sont insupportables et immatures.

L’anime ne fait qu’au final effleurer la romance tout du long et s’arrête à chaque fois au moment du développement des relations amoureuses, preuve en est avec les derniers épisodes. Quoi qu’on en dise, on ne juge une œuvre qu’à l’aune de notre ressenti et nos attentes, et c’est pourquoi juger cet anime est très complexe.

Les mêmes problèmes se répètent et affligent les quatre personnages traînant le drame plus longtemps qu’il ne semble intéressant, plutôt que de le laisser évoluer. Ce drame durant les premiers épisodes était pourtant une de ses forces. Aucune progression, le public est coincé à la case départ. Car avancer de 51% et reculer de 49% ne permet pas beaucoup d’avancer. Je trouve même qu’on délaisse un peu trop deux des quatre personnages passés une dizaine d’épisodes, pour leur donner des apparitions mineures ou bien assez fades tant elles sont stéréotypées comme Haru qui méritait bien mieux.

Au-delà de ces problématiques, Sing Yesterday for me est tout de même l’une des productions les plus passionnantes de cette saison, probablement la seconde après Love is War. Bénéficiant d’un planning réfléchi, l’anime aura su conserver une qualité constante tout du long. L’annonce du studio principal Doga Kobo fut une agréable surprise car on ne l’attendait pas forcément sur un tel anime. Le trailer et le staff ont rassuré la communauté et conclusion : c’était une totale réussite. C’est l’une des animations les plus naturelles et délicates de cette saison. Il n’y a pas de fausse note. En plus de cela, la direction artistique est à mon sens la plus belle de cette saison.

La première chose qui marque dans cet anime sont les backgrounds en une seule couche ou plusieurs. Très détaillés, l’ajout des personnages par-dessus ne vient pas en plus briser le rendu visuel mais le complète magnifiquement bien. Les chara-design sont originaux et j’apprécie particulièrement le trait peu appuyé pour dessiner les personnages. On se plait à suivre l’évolution des personnages au fil des saisons. Même si les couleurs restent en général relativement ternes, l’ajout de la lumière donne une autre dimension aux scènes et contrastent bien avec les couleurs, plus que dans un anime où tout est très coloré et vif. Evoquons aussi les flachback du passé avec une direction visuelle toujours intéressante. Entre regrets et illusions, ces séquences sont traitées avec divers effets et teintes de couleurs pour donner une impression de subjectivité et transmettre directement l’état émotionnel du personnage sans même avoir besoin de discussions pour le saisir. Une telle douceur se dégage de cette œuvre corroborée par une tristesse et un mal-être subtilement évoqués.  

Yesterday wo uttate est sans conteste l’une des meilleures productions de cette saison, bien loin des problèmes qu’ont connu certains animes durant cette période, production qui possède un rendu visuel se rapprochant davantage de la qualité qu’on attend d’un film d’animation que d’une série télévisée.

Conclusion : Quand hier gangrène le présent

Note :
7.5/10
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C’est l’anime de la saison printanière que j’ai eu le plus de mal à juger. Au-delà de son visuel, sa réalisation et animation qui emportent un consensus évident et tire l'anime vers le haut, le reste divise. Ce pourra être un divertissement plaisant à suivre pour certains comme une torture dans les derniers épisodes pour d’autres. Ce ne sera pas forcément la romance que je recommanderai le plus, même si sa production était des plus optimales. J’ai tout de même pris globalement du plaisir à le suivre. Avec quelques épisodes supplémentaires, l’anime aurait peut-être été meilleur, ou bien il aurait pu encore plus tirer sur la corde et stagner… Personne ne le saura jamais.

L’anime est disponible sur la plateforme de simulcast Crunchyroll

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