Avis – Plunderer

Si l’héroïque-fantasy revient chaque saison avec son lot d’œuvres variées, plus ou moins bonnes, Hiver 2020 possédait une certaine fibre nostalgique à la fois avec le remake de Orphen mais également avec Plunderer qui aurait pu rappeler d’anciennes œuvres sorties dans les années 2000/2010 voire même avant. Si s’imprégner ou fleurter avec cet état d’esprit peut être favorable et donner un certain charme, à l’inverse on peut aussi assez vite se brûler à l’image de Orphen. Qu’en est-il alors de Plunderer, ce héroïque fantasy, semble-t-il, très conventionnel s’étalant sur deux saisons ?

Alcia, un monde né après la grande guerre, ou « Guerre d’Élimination ». Ce monde est régi par la loi du plus fort, où les forts et les faibles sont déterminés par leur Compte. Licht, un homme masqué un peu pervers, qui protège les faibles avec son épée, va y faire la connaissance de Hina, une jeune fille droite et honnête partie à la recherche de l’As légendaire, afin de respecter les dernières volontés de sa mère. Leur rencontre va provoquer la révélation progressive des secrets de ce monde régi par les Comptes.

Plunderer ouvre son univers de manière classique et graduelle. Autrefois une grande guerre a eu lieu, des héros apparurent durant la guerre et disparurent ensuite. Le contexte est sans surprise fort banal. Le fait que l’armée exerce une sorte de domination et contrôle, parfois avec des dérives et pratiques inhumaines, ne surprend guère. Pourtant malgré ce caractère très ordinaire, l’univers intéresse et accroche d’autant plus avec le concept mystérieux des « comptes ». Chacun possède un compte, si ce nombre diminue jusqu’à atteindre zéro, « l’abysse » emporte la personne. L’idéal est donc d’augmenter son compte en réalisant diverses tâches, uniques et attribuées à chacun. Les premiers épisodes sont ainsi assez intrigants et attirants.

Or un des problèmes majeurs avec cet anime est sa lenteur et le manque d’approfondissement de l’univers au début. Le constat de base est intéressant mais passé une dizaine d’épisodes, on n’est quasiment toujours pas plus avancé. C’est mou et lent. L’anime semble rester en surface et ne pas aborder avec détail l’univers. Plusieurs épisodes n’ont quasiment aucun intérêt et prennent trop de temps pour brasser de l’air. La présentation des divers protagonistes est bien trop poussive et l’intrigue est retardataire. Et au fur et à mesure, le public décroche et se désintéresse.

Passé ce cap désastreux, les personnages découvrent les événements passés à l’origine de ce monde grâce à un voyage dans le temps. Si l’anime avait trébuché dans sa première moitié, le public avait encore espoir de voir un scénario intéressant utilisant correctement ce mécanisme de time travel et un anime offrant davantage notamment grâce à son univers.

Certes c’est moins mauvais qu’auparavant, mais ça n’en reste pas moins encore une fois décevant. Le retour dans le passé se déroule sans grande originalité, les thématiques abordées devant sensibiliser le public ont peut d’impact et les promesses des origines de ce monde sont moins exaltantes qu’espérées… En d’autres termes, tout cela oscille entre médiocrité et lamentation.

Cette fibre nostalgique, au-delà de son univers et scénario, se retrouvait un peu dans son mélange de genre, en particulier cette touche flagrante d’ecchi assumée même dans le synopsis. Ce genre donne souvent une certaine légèreté et un comique dans une œuvre. Dans Plunderer, ces deux constantes se retrouvent et conduisent à des scènes parfois sympathiques avec un humour plutôt beauf mais rigolo grâce à Licht. L’ambiance est souvent légère et agréable.

Toutefois, l’anime n’arrive pas à se renouveler dans son comique et encore pire, il va souvent trop loin dans le ecchi. Entre agression, moment lourd ou embarrassant, l’ecchi peut déranger et contrevient même à plusieurs scènes. Quand les mains sortant de l’abysse emportent une personne ou lui enlèvent ses chiffres, la manière de présenter les choses avec divers plans ou expressions arborent une connotation assez sensuelle ou érotique et s’oppose au côté dramatique, oppressant, sombre du moment. Certains méchants de passage passent pour des détraqués et tournent des séquences inquiétantes en des moments lubriques en forme d’agression sexuelle où le public masculin peut se rincer l’œil. L’auteur du manga, Minazuki Suu, est connu pour avoir dessiné et écrit Sora no Otoshimono, le côté pervers était donc déjà acquis.

Sa présence n’est pas mauvaise en soi mais son utilisation dans des contextes précis, si. Sora no Otoshimono était caractérisé par son comique, le ecchi ne dérangeait pas et représentait même la principale force de l’anime avec son humour, alors que Plunderer est avant tout un Fantaisie/action/aventure… Dès lors son emploi doit être différent et plus réfléchi, ce qui n’est pas le cas ici.

Sans revenir sur les pulsions perverses de Licht, le casting est caractéristique des standards du genre et n’apporte pas véritablement de plus-value. Dresser la personnalité de chaque personnage aurait peu d’intérêt, prenez les personnages classiques à cocher pour n’importe quel cahier des charges du genre et vous connaitrez déjà le casting. Conserver de manière intelligente leur part mystérieuse et jouer avec, aurait pu donner un certain attrait, mais non. L’anime se perd dans des situations inintéressantes et ne développe pas avec habilité son casting. Encore pire, leur comportement gratifiant l’anime d’une certaine légèreté, donne à l’inverse un caractère un peu trop puéril. A mon sens, l’équilibrage entre blagues et ton sérieux est mal géré. Les introspections des personnages souffrent d’un manque de raffinement. Ce n’est pas spécialement bien écrit, on reste à la limite du correct pour une telle œuvre.

Enfin un des aspects qui plombe en partie cette adaptation : la technique. Beaucoup de soucis dans Plunderer, des visages parfois difformes, des traits peu précis, des scènes d’action relativement médiocres, quelques désagréments lorsque les personnages évoluent dans le décor (…), les imperfections et soucis sont courants. GEEKTOYS est crédité en tant que studio principal et cela pouvait être de mauvais augure quand on connait ces deux précédentes œuvres (Hensuki et RErideD). Le simple fait de voir des cut maladroits dans l’Opening et le premier épisode fait peur. C’est dommage tout de même d’être aussi faible sur cet aspect dans un anime orienté action/combat. Aucun background n’interpelle et les décors restent très rudimentaires, peu détaillés. La qualité ne s’arrange pas au fur et à mesure et les storyboards tentent tant bien que mal de dissimuler le naufrage.

Conclusion : Quand l’anime s’enfonce dans l’Abysse

Note :
4.5/10
0
Plunderer se perd dans des développements qui ont peu d’intérêt. L’histoire tarde beaucoup trop à se mettre en place et lorsqu’elle décolle, le public comprend qu’il vient d’embarquer pour un vol low cost. L’humour est vite redondant, l’ecchi lassant. Les personnages peu intéressants, l’univers pas aussi prometteur qu’espéré. Et pour finir, la production est probablement l’une des moins bonnes d’hiver/printemps. Plunderer reprend un peu de galon vers la fin et entame les choses sérieuses. Mais le mal est déjà fait et difficile de faire abstraction de tout le reste. En principe, je m’évertue à terminer les animes avant de donner un avis. Pour autant, n’ayant plus aucun attrait pour cet anime, j’ai abandonné sans regret vers l’épisode 21 pour ne plus perdre mon temps et laisser cette critique en guise d’adieu pour ne pas que vous jetiez votre dévolu sur cet anime dont le « compte » tend plus vers le 0 qu'en direction des hautes sphères céruléennes.

L’anime est disponible sur la plateforme de simulcast Wakanim

Partager sur :
S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments