Test – Utawarerumono Prelude to the Fallen

En 2019, deux licences ont en partie bouleversé mes préférences en matière de jeux. L’une d’entre elles n’est plus une surprise : c’est la série des Kiseki. L’autre est plus discrète et son dernier épisode sorti chez nous m’a particulièrement ému et captivé : je parle évidemment de la série des Utawarerumono.

La série de jeux vidéo Utawarerumono est composée de trois titres canoniques : Utawarerumono, Utawarerumono Mask of Deception et Utawarerumono Mask of Truth. Tous les épisodes se suivent et l’intrigue se déroule dans le même univers. L’histoire de Utawarerumono Mask of Deception se déroule après une ellipse et renouvelle pas mal le casting ainsi que l’environnement d’évolution des protagonistes, faisant de ce jeu une bonne porte d’entrée.

Le problème avec cette saga est que le premier épisode n’est jamais sorti en dehors du Japon (PC, PS2 puis PSP ensuite). Dès lors, quiconque voulait débuter la série se retrouvait en proie à un dilemme : soit jouer illégalement à la version PC avec un patch anglais, ou bien regarder l’anime de 26 épisodes, sorti en 2006 (c’est mon cas) ou sinon se lancer directement dans Utawarerumono Mask of Deception et Mask of Truth avec la crainte de ne pas saisir une partie des références.

De fait, la sortie de Utawarerumono Prelude to the Fallen, remake du premier jeu, est une véritable aubaine même si le jeu n’est qu’en anglais. L’idée derrière est de proposer une trilogie plus homogène et facile d’accès. La communauté accueille ce titre avec grand plaisir. Cette sortie tombe en effet plutôt bien puisque la suite animée de Utawarerumono Itsuwari no Kamen (adaptation animée de Mask of Deception) devrait sortir dans les mois à venir, dit autrement l’adaptation animée de Mask of Truth.

Par conséquent, si d’un côté cette sortie était attendue, de l’autre on pouvait être sceptique sur le retour d’un jeu datant de 15-20 ans. C’est avec ce point de vue que j’ai appréhendé cette sortie.

Une histoire prenante toujours aussi dramatique

Dans un village reculé, Eruruu et sa grande mère recueillent un homme amnésique et grièvement blessé. Son apparition engendre une série de malheurs sur le village : la colère de l’esprit de la forêt gronde et le seigneur du royaume tombe dans le despotisme. Qui est cet homme ? Quelles forces mystérieuses le protègent ? Pourquoi est-il ici ?

Avant d’être un tactical RPG, Utawarerumono est avant tout un visual novel. Le jeu mélange singulièrement ces deux genres. L’alchimie passe bien voire encore mieux que dans Mask of Deception et Mask of Truth avec une bonne proportion du récit et des batailles.

En tant que visual novel, le jeu propose une histoire linéaire bien écrite empreinte de drame. Si le début reste très stéréotypé avec un personnage amnésique (marque de fabrique de la série), des méchants clichés assez odieux ou repoussants, le jeu au bout de quelques heures devient plus consistant. L’univers de fantaisie s’ouvre de plus en plus et dévoile sa splendeur. Cette ambiance folklorique fantastique japonaise plaira beaucoup. L’intrigue au fur et à mesure prend de la hauteur et devient beaucoup plus viscérale. Le jeu débute avec la construction et l’élargissement d’un petit village pour terminer avec des guerres de territoire et un conflit entre divinités. Le ton est moins léger qu’au début. L’histoire devient inquiétante et oppressante teintée par le sang des ennemis et des alliés. C’est sombre et dramatique, il ne faut pas s’attendre à une histoire gaie. Le casting est en plus toujours bon.

On retrouve à de nombreuses reprises cette pointe d’humour et cette légèreté qui plait tant et permet de s’attacher encore plus facilement aux personnages. C’est chaleureux et apaisant même quand le contexte est périlleux. Les guerres de clan et les relations diplomatiques sont plus marquées. Cette touche de politique réussit toujours autant à plaire.

Comparé à Mask of Deception, Utawarerumono Prelude to the Fallen ne se perd pas en chemin avec un nombre hallucinant de discussions peu utiles et trop longues. La chose est bien dosée et les discussions sont intéressantes.

Pour en venir au remake, l’histoire et les discussions de Utawarerumono Prelude to the Fallen semblent exactement les mêmes que dans les versions d’origine PS2/PSP, On peut ainsi compter sur une bonne trentaine d’heures pour terminer le jeu. Le contenu annexe comme les sessions d’entrainement seront rapidement mises de côté tellement qu’elles sont banales, aucunement recherchées et ennuyantes.

Un jeu présenté comme un remake

Vendu comme un remake, le jeu se situe davantage entre un remake et un remastered en termes d’ambition et d’apports.

Les illustrations de fond ont été toutes redessinées entièrement. Elles sont ainsi plus nettes, précises et détaillées. Les sprites des personnages sont semblables à la version originale mais on note un upscale (amélioration). L’idée là étant de rester le plus fidèle possible au support d’origine. Les personnages n’ont aucune dynamique. Etant un peu vieux jeu, je trouve que le jeu est plus authentique et conserve tout le charme de la version originale. A côté de cela, les personnages bénéficient de nouveaux portraits durant les batailles/allocation de BP.

L’intention derrière cette nouvelle version est de garder au maximum le support d’origine. En principe, aucun nouvel art de fond, sprite avec de nouvelles expressions etc. Selon les séquences et arcs, cette absence d’ajouts et de variété pourra plus ou moins se ressentir.

La bande-son a été remasterisée. Avec un simple clic dans le menu et de manière instantanée, le joueur peut passer à une bande-son « special extend » reprenant en plus divers morceaux des futurs épisodes. Cette nouvelle bande-son est bien mieux adaptée car l’ancienne utilise des morceaux qui parfois sont un peu dissonants par rapport à la scène sous les yeux et rapidement répétitifs.

Rappelons également que les personnages sont entièrement doublés.

Un des principaux reproches du jeu touche aux graphismes 3D des batailles. Peu de surprises ici, aussi bien les modèles des personnages, leurs techniques spéciales et actions ainsi que les décors sont nettement en deçà d’un jeu de 2019/2020. Le terme médiocre est le plus approprié pour décrire ces graphismes aucunement améliorés depuis Mask of Truth. C’est dommage car cela crée une rupture avec les jolis arts du jeu. La mise en scène est aussi dépassée aussi bien sur les Final Strike/Chain Coop qu’avec les événements de l’histoire. 

Des éléments déjà dérangeants

La version remake comprend pas mal de changements par rapport à celle d’origine. Pour autant à mon sens, il est plus pertinent de comparer Utawarerumono Prelude to the Fallen aux Mask of Deception et Truth sur cet aspect vu qu’il s’agit d’un « remake » sorti après ces deux jeux. Car en effet, cet aspect est la plus grande déception. Sur les graphismes, le joueur sait à quoi s’attendre avec les trailers et son expérience des précédents jeux. En revanche sur le gameplay, après avoir joué aux deux derniers jeux, on tombe de haut.

Utawarerumono est un tactical au tour par tour opposant l’équipe du joueur aux unités ennemies. Les personnages ont pour statistiques les PV, l’attaque, la défense, la défense magique ainsi que leur mouvement. On remarque de suite qu’une statistique n’est pas donnée au joueur : celle de la vitesse. Dans un Tactical au tour par tour, cette statistique est majeure car elle détermine qui agira en premier et le temps d’attente entre les actions. Or silence sur cette dernière, elle existe mais aucunement transmise au joueur.. Autre élément, à l’image de Utawarerumono Mask of Deception et Mask of Truth, le joueur peut toujours allouer des points bonus (BP) gagnés durant les batailles à ces personnages pour augmenter leurs statistiques. Le choix ici est plus restreint avec seulement l’attaque, la défense et la défense magique. Oubliés la vitesse et le nombre de PV. De plus, un net déséquilibre entre les personnages se ressent, certains étant beaucoup plus avantagés sur l’augmentation plus aisée de leurs statistiques, d’autres clairement désavantagés du seul fait qu’ils soient de type magique. Concernant les équipements, chaque personnage peut posséder deux items et un accessoire. Ici pas de reproche à faire, c’est une façon différente tout à fait correcte de concevoir les équipements.

On retrouve des points communs à la licence. Selon leurs spécificités et armes, les personnages peuvent attaquer plus ou moins loin. Chaque personnage est unique. En gagnant des niveaux, ils débloquent de nouvelles attaques, final strike, attaques en coopération et habilités.

Cela permet d’avoir plus de choix selon les situations en présence et/ou bien de réaliser des attaques à la chaine. Encore faut-il que ce choix soit important… En effet, le nombre de possibilités est moins important que dans Mask of Truth et reste tout juste satisfaisant.

La position et direction des personnages sont cruciales dans ce jeu en ce qu’elles permettent de réaliser des attaques plus puissantes, exemple par derrière, ou bien de minimiser les dégâts, en faisant face à l’ennemi notamment. Dans un jeu où le placement est déterminant, la caméra l’est tout autant. Malheureusement, cette dernière ne peut tourner qu’à 90° ne permettant pas au joueur dans certaines situations d’avoir un champ de bataille lisible. Les affinités élémentaires sont toujours présentes et permettent de prendre l’avantage dans un combat.

Utawarerumono est peut-être moins difficile que ses suites. Il n’a rien d’insurmontable même en hard en ce qu’il permet au joueur de rembobiner les actions (rewind), aucune permadeath et de refaire les batailles afin de gagner joyeusement une bonne quantité de BP pour augmenter ses statistiques. De manière pointilleuse, le comportement des ennemis est quelques fois aussi assez surprenant même en mode hard.

Un Gameplay en régression trop rudimentaire

Si le système de combat était tout aussi bon que l’aspect visual dans le dernier épisode, ce n’est pas le cas dans ce remake. Le gameplay perd en acabit.

Dans les suites Mask of Deception et Truth, le joueur devait interagir durant les attaques afin de faire des critiques et réaliser des attaques à la suite. S’il ratait l’action contextuelle (appuyer x ou maintenir x), l’attaque suivante ne se lançait pas. Prelude to the Fallen maintient toujours cette idée mais diminue le nombre d’interactions du joueur durant ces actions en chaine et rend le jeu beaucoup plus mou. Les réussir rapporte seulement une faible quantité de Zeal et diminue la satisfaction. En parallèle, ces actions contextuelles étaient présentes lorsque les ennemis attaquaient afin de réduire les dégâts ou bien éviter leurs attaques. Ceci n’existe pas dans Prelude to the Fallen. La séquence des ennemis devient soporifique et le joueur est relégué en un simple spectateur de l’action, l’incitant ainsi à accélérer ces phases inutiles.

Autre élément cardinal des derniers épisodes : le système du Zeal tout aussi impacté. Il n’a quasiment aucune saveur dans ce titre. Mask of Deception et Mask of Truth avaient réussi à faire de cette jauge, un élément de premier ordre à prendre en considération à chacune de nos attaques.

Plus elle était haute, plus le joueur pouvait réaliser des attaques puissantes, esquiver etc. Or ici, le Zeal ne se limite plus qu’une à une jauge permettant de faire des attaques un tout petit peu plus puissantes, des attaques finales ou bien des attaques en coop. C’est presque ennuyant et redondant. C’est un réel appauvrissement de cette mécanique.

D’autres remarques plus détaillées peuvent être émises mais le résultat est clair : le gameplay est monotone, moins développé et en perdition de possibilités tactiques. Même si les combats sont plutôt bien équilibrés et tactiques et restent satisfaisants, le gameplay de Mask of Truth est bien plus enthousiasmant, peaufiné et large dans ses choix.

On comprend le but souhaité derrière : réaliser un compromis entre le jeu originel et l’époque d’aujourd’hui. Or en sortant le jeu 2 ans après Mask of Truth, en le définissant comme un remake tout en modifiant certaines mécaniques, les développeurs font désirer leur jeu. Et malheureusement au final, ils se contentent d’un gameplay très rudimentaire. Il prend pour base le fonctionnement de celui de 2002, tout en rajoutant quelques nouveautés, mais sans trop en faire non plus… Entre indécision, maladresse ou paresse, difficile de dire quelle est l’explication derrière. Le système de combat aurait mérité d’être davantage retravaillé pour atteindre un niveau semblable à celui des Mask of Deception/Truth.

Car d’un côté, l’ancien joueur qui a expérimenté les deux suites s’ennuie après avoir goûté à quelque chose de plus délectable, de l’autre le nouveau joueur arrive et découvre un gameplay trop classique et simple pour un jeu de 2020.

L’occasion était parfaite mais c’est une copie un peu fade qui est rendue. En 15 ans, les exigences ont changé. Sur le gameplay, il aurait fallu conserver au maximum ce qu’avait apporté les Mask of Deception et Truth en adaptant après le modèle aux particularités des personnages de Prelude to The Fallen et aux diverses map. Et non pas l’inverse. 

Conclusion
Un charmant chant originel cadencé mais suranné

PLUS

+ Un bon équilibre entre phases de tactical et visual novel

+ La partie visual novel retravaillée conservant son charme d’antan

+ Une histoire dramatique toujours aussi larmoyante

+ La dureté de la guerre allégée par les moments tranche de vie et d’humour léger

+ La sélection de la bande-son et l’ajout de la version extended

MOINS

– Une mise en scène et des graphismes 3D trop dépassés

– Manque de variété dans les sprites

– Déséquilibre du casting et comportement des ennemis parfois étrange

– Un tactical bien trop rudimentaire et désuet après Mask of Deception et Truth

Note :
6.5/10
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Utawarerumono Prelude to the Fallen est un jeu bien équilibré entre ces phases de gameplay et les moments de visual novel. L’alchimie entre les scénettes détendues de la vie quotidienne contrebalancées par les événements durs et cinglants de la guerre, véritable identité du jeu tant appréciée par la communauté, est retrouvée. L’histoire dramatique est correctement rythmée et compose avec des dimensions humaines et politiques abordées avec mesure. Le casting est toujours aussi appréciable et on s’attache facilement à ce dernier. L’impact émotionnel sera tout de même moins intense qu’un Mask of Deception et surtout Truth du fait que ces jeux comprenaient de nombreuses phases élongées de la vie quotidienne, qui auront tout de même eu pour avantage de créer un lien et attachement très fort avec les personnages.

Pour autant, Utawarerumono Prelude to the Fallen en tant que « remake » peine à convaincre par son manque d’ambition en particulier pour un jeu vendu au prix fort. Si l’aspect visual novel est amélioré grâce à des dessins retravaillés tout en conservant le charme du jeu, celui-ci d’un autre côté accuse un peu le coup par son manque de variété dans les sprites et/ou animations. Les graphismes 3D et la mise en scène sont décevants et ne bénéficient d’aucune amélioration technique comparé aux deux suites. En parallèle, le gameplay fait un grand pas en arrière si on le compare aux Mask of Deception et Mask of Truth. En souhaitant trop conserver les particularités du gameplay de 2002, les développeurs n’ont pas réussi à autant emballer sur l’aspect tactique. Le jeu est dépassé par son époque. Les batailles restent tout juste sympathiques à mener, puisque les cartes ne sont pas spécialement très recherchées et suffisamment techniques (en tout cas en mode hard).

Ce remake a du mal à faire face aux effets du temps et à la concurrence, néanmoins le charme de la série opère toujours après autant d’années grâce à son aspect visual novel. Utawarerumono est une série, certes de niche, mais qui mérite d’être essayée et cet épisode reste la façon d’entrer dans le bain la plus naturelle possible afin de se réchauffer progressivement pour atteindre la température idéale que procurera Utawarerumono Mask of Truth.

Moja
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