Avis Manga – Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba

C’est le 15 février 2016 avec la formule Jump Start de Viz Media que je tombe pour la première fois sur mon deuxième plus gros coup de cœur du Weekly Shonen Jump de la période 2010-2019, celui qui comblera avec perfection le vide laissé par Hunter x Hunter pour enfin devenir à ma plus grande des surprises, l’un des plus monstrueux hits du magazine ! Son nom, Demon Slayer Kimetsu no Yaiba.

Présentation du manga et de l’auteur

2013 est l’année qui met sous les projecteurs Koyoharu Gotouge qui remporte un prix au JUMP Treasure du Shonen Jump avec une histoire de chasseurs de démons nommée Kagarigari.

L’année suivante, Gotouge reviendra avec deux histoires courtes que sont Monju Shiro Kyodai dans le jump next n°2 et Rokkotsu-san dans Weekly Shonen Jump n°39 pour de nouveau en faire une l’année d’après, Haeniwa no Zigzag, en gardant toujours cette optique de voir ses histoires être publiées en tant que séries.

Après ces échecs, son éditeur pense qu’un titre facilement compréhensible aurait de quoi fonctionner et relance Gotouge sur Kagarigari en l’aidant à ajuster sa base qui pour lui avait tout pour plaire à un public japonais. Ce travail portera ces fruits et permettra enfin à Gotouge de débuter sa prépublication dans le Weekly Shonen Jump n°11 de 2016 avec Kimetsu no Yaiba

Le charme Demon Slayer

Pratiquement tous les ingrédients sont présents pour que je tombe raide dingue de Demon Slayer. Tout d’abord, ce style de dessin atypique combiné à une ambiance horrifique me donne ce feeling de manga d’avant/début 2000 avec des personnages qui transpirent le charisme par leur design à l’instar de Bleach de Tite Kubo.

Tous ont des histoires tragiques et n’ont d’autre choix que de se jeter corps et âme face à l’adversité dans des combats dantesques jamais gagnés d’avance. La stratégie d’équipe est favorisée avec une gestion des forces qui reste constamment dans la logique du manga tel un Norihiro Yagi (Claymore), en gardant une bonne part de légèreté avec une dose d’humour qui ne dénature en rien la cruauté de son univers.

Ce titre simple d’accès fort en émotion et progressant à vive l’allure se déroule dans une époque en plein clash entre tradition et modernité, cadre idéale pour toucher le public japonais en plein cœur ainsi que d’émerveiller les lecteurs occidentaux. La recette mainstream par excellence traitée par Gotouge devient de fait un plat unique.

Histoire et Personnages

Si la forme avait tout pour en faire succès, elle n’aurait jamais à elle seule permise d’amener un tel engouement si le fond n’était pas la hauteur. Plus qu’un battle manga fantastique à l’univers impitoyable, Demon Slayer possède une grande notion de spiritualité en jouant beaucoup sur les émotions. 

Cela permet de rapidement affectionner ces personnages, à commencer par son protagoniste Kamado Tanjiro.

Ce héros suit la tendance moderne : un personnage ayant le cœur sur la main, avançant la tête haute non pas motivé par la vengeance mais pour le bien de sa sœur et ses camarades, terrassant sans distinction les démons, sans pour autant tourner le dos à leur regret. Il en vient même à les aider à avoir une fin digne d’un humain. Ce personnage des plus chaleureux et impressionnant se démarque ainsi aisément de ses collègues du magazine.

Comme dit plus haut, le scénario garde majoritairement un rythme très soutenu, enchaînant remarquablement les arcs, tout en restant concis sur le développement de son système et de son casting. Une partie de ce casting étincelle notamment grâce à un écart entre leur mentalité et leur design.

Giyu par exemple, pilier de l’eau qui a tout du loup solitaire apathique chassant du démon, se révèle être une personne bien plus sensible à la peine des autres avec un aspect tête en l’air contrastant avec son coté cool. Ce tout, rend ses interactions tenues avec les divers personnages, bien plus marrantes. Ce décalage se retrouve aussi bien avec Zenitsu, cacophonique à souhait éveillé, mais très lucide et décisif en état de somnolence, qu’avec Inosuke, sauvage comme pas permis, possédant un minois beaucoup trop mignon pour son extravagance.

Un autre point aidant à développer et à faire briller les personnages sont les affrontements.

On suit pratiquement un schéma typique sur la première partie du manga. Pour autant, leur contenu se voit très vite devenir de plus en plus audacieux avec des conséquences imprévisibles, apportant constamment de l’adrénaline sur les combats suivants. On doit cela à une très bonne cohérence des différences de forces entre les pourfendeurs et les démons. Quand bien même dotés de capacités hors normes, ils resteront constamment en dessous des démons, les amenant alors à se battre jusqu’à leur dernier souffle et d’offrir le repos à ces êtres vils qui ne sont que pour la plupart, de simples victimes.

Les points faibles

Avec la fin qui fait débat, pas mal de points noirs sont ressortis sur la globalité du manga. Je vais revenir sur quelques aspects en évitant de spoiler d’énormes événements faisant suite à l’anime de 26 épisodes.

– L’humour décrédibilisant l’ambiance horrifique

Une scène revient souvent : celle de Tanjiro et Inosuke faisant face à des pourfendeurs esquintés qui sous le contrôle de la mère araignée sont forcés d’attaquer leurs congénères. Lors de cette scène, si Tanjiro trouve la situation des plus horribles, on a à coté Inosuke prenant le tout le plus simplement du monde en plus de s’amuser à faire mieux que Tanjiro. Inosuke peut paraître aberrant à prendre les événements graves à la rigolade mais il n’en reste pas moins fidèle à lui-même. Contrairement aux autres, c’est un personnage totalement déconnecté de la réalité dû à sa condition de vie et cette frivolité. Il contribue aussi à la narration avec de nombreuses pirouettes amenant du réconfort pour ensuite rappeler la gravité du danger de manière plus forte.

– Manga beaucoup trop parlant

Avec Gotouge adoptant une approche d’un novel, le manga laisse quasi aucune place au « show don’t tell ». Le bon point de cette approche est qu’elle rend l’œuvre facilement compréhensible sur ce que traverse les héros dans la difficulté, que cela soit par la mort d’un proche, lors des phases d’entraînement ou bien encore durant des batailles.

Le point négatif est que cela peut vite devenir rébarbatif voire inutile par moment, avec un dessin suffisamment détaillé pour exprimer ce qu’endure les personnages. Un défaut qui personnellement ne m’a pas gêné tout le long de la lecture mais que j’ai ressenti beaucoup plus sur certains épisodes de son adaptation animée.

– Kibutsuji Muzan, mauvais vilain

On ne va pas trop s’attarder sur lui pour ne pas en dévoiler plus mais si je devais donner une réponse sur le pourquoi de cette déception générale envers le personnage, c’est qu’elle viendrait du fait que par son statut de grand méchant et de ses fortes apparitions, il est naturellement mis sur un piédestal et donc attendu pour raconter une histoire et démontrer une puissance à la hauteur voire meilleure que ses sbires. 

Pour son combat, il est vrai qu’avoir un rythme particulier avec des informations et actions s’entremêlant maladroitement, couplé aux sorties des chapitres hebdomadaires, avait de quoi faire décrocher. C’est indéniable que les précédents combats restent supérieurs, mais ce dernier reste pour moi un affrontement dans les veines de l’œuvre et bien plus agréable à suivre d’une traite.

Pour ce qu’il en est du personnage, malgré le fait que sa description d’être misérable soit annoncée dès le début, la tendance à avoir un antagoniste avec un développement digne de sa prestance aura malheureusement jouer contre lui alors qu’il n’est qu’un être grandement rattaché à la vie.

En conclusion

Pour finir, que dire à part que je suis heureux d’avoir suivi ce coup de foudre grandir qui m’aura fait vibrer jusqu’à son terme. Même si son empreinte est forgée, il est encore trop tôt pour savoir s’il gardera toujours cette aura dans quelques années. Je ne doute pas qu’il représente maintenant un fer de lance pour l’inspiration au wagon d’artistes à venir, en plus d’être une fantastique porte d’entrée aux nouveaux venus dans le monde du manga.

Le manga est disponible en France aux éditions Panini Comics.

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